Portraits 150 ans du CAF Chambéry

PORTRAITS

Pau, la montagne à la carte

« C’est mon père qui m’a appris à lire les cartes. On les enroulait autour du tube du VTT avant d’aller se balader. A la fin des années 80, on ne trouvait que des cartes militaires en Espagne. C’était mieux que rien, même s’il y avait des tas de choses inutiles pour nous et s’il manquait plein de repères qui nous auraient servi. »

Au-dessus de València, le jeune Pau découvre les mystères des traits et des taches de différentes couleurs censés représenter le paysage. Trente ans plus tard, les courbes de niveau n’ont plus de secret pour lui. Surtout depuis qu’il est devenu formateur en cartographie au CAF de Chambéry. Surpris à chaque fois qu’une séance annoncée provoque une telle avalanche de demandes d’inscription. Malgré les Iphigénie, Alpine Quest et autres applications à télécharger, le papier reste une valeur sûre chez les cafistes. Un talisman.

« Certaines soirées au Cairn (1), les dix tables sont recouvertes de cartes. Les gens aiment bien sortir la boussole et apprendre la triangulation. Je leur dis toujours que la carto, c’est des maths, de la physique et surtout du bon sens. Or le bon sens est souvent ce qui manque le plus. Surtout dans des conditions délicates. D’où l’importance d’apprendre à se servir d’une carte quand il fait beau et à retrouver dans le paysage ce que l’on a sur le papier. Il ne faut jamais aller chercher la difficulté. »

Pau est ingénieur à la SNCF. Un métier qui lui a appris l’importante de ne pas improviser. Surtout quand il s’occupe des questions de sécurité. « On ne parle jamais de faute quand il y a un accident. On cherche surtout à comprendre comment il s’est produit et comment en éviter d’autres. Le facteur humain est ce qu’il y a de plus difficile à analyser. Parce que l’être humain se met dans des situations auxquelles il n’est pas préparé. Cette expérience m’est utile comme encadrant au CAF. Les procédures de vigilance partagée sont aussi importantes en montagne que sur un chantier. »

Pau aime le terrain, il aime aussi ce moment de réflexion et d’analyse, chez lui, sans stress, la carte dépliée sur la table. « J’ai une feuille de papier sur laquelle je note tous les passages, les points-clés. Au besoin, j’ajoute les temps de parcours. J’imagine ce à quoi la rando va ressembler. Une fois sur le terrain, je compare. Au besoin, je m’adapte. De plus en plus de gens téléchargent leur trace de rando sans connaître le coin, et ça se passe bien la plupart du temps. Mais on n’est jamais à l’abri d’une surprise.

Je ne suis pas un ayatollah de la carte. Il y a chaque jour des milliers d’avions et de bateaux qui circulent sans carte papier. Si vous êtes perdu dans le brouillard sur un terrain enneigé, prenez tout de suite le GPS. Il sera bien temps de faire un peu de carto une fois arrivé au refuge au chaud. »

A 44 ans, Pau, est aussi encadrant en randonnée pédestre et raquettes mais aussi formateur en neige et avalanches. Impressionné de vivre dans une ville moyenne où le CAF compte près de 2200 adhérents. « Quand je pense que je viens d’une ville de 800 000 habitants qui n’a pas su garder son propre club. »
 

Pau est encadrant en randonnée pédestre et raquettes mais aussi formateur en cartographie. « Je ne suis pas un ayatollah de la carte papier. Si vous êtes perdu dans le brouillard sur un terrain enneigé, prenez tout de suite le GPS. Il sera bien temps de faire un peu de carto une fois arrivé au refuge au chaud.»

(1)  Le Cairn est la salle de réunion du CAF Chambéry, 176 Faubourg Maché.



Alice, la montagne à fleur de peau

Une secte. C’est l’image du CAF que se fait Alice quand elle arrive à Chambéry au printemps 2020. Quelque chose d’élitiste, où l’on cultive l’entre soi. Plutôt CSP+. Bref, pas franchement attirée. Pour arranger les choses, l’infirmière parisienne débarque en plein confinement. Pas idéal non plus pour prendre l’air. « Heureusement, un des colocs a su me convaincre. »

Alice pratiquait déjà le ski de piste, grâce à son père qui l’avait initiée aux Houches. Elle grimpait aussi en salle ou en falaise. « C’est la première chose qui m’a plu à Chambéry quand je suis sortie du train : un mur d’escalade dans la gare. Je me suis dit que j’allais aimer cette ville.» Le confinement passé, Alice rattrape le temps perdu. Elle va se mettre au ski de randonnée, à l’alpinisme, à la randonnée pédestre.

 « Le CAF m’a rendue autonome, beaucoup plus confiante. Je manquais encore d’assurance pour prendre le lead. Les sorties encadrées nous apprennent à nous responsabiliser, à regarder autour de nous. Je commence à emmener des amis à mon tour, à rechercher des itinéraires qui me font sortir de ma zone de confort. Mais je ne me sens pas encore légitime pour devenir encadrante en ski de randonnée. Malgré les stages « neige et avalanche » que j’ai suivis, je ne suis pas prête. En revanche, je me verrais bien encadrante en randonnée pédestre. »

A 32 ans, Alice ne craint pas de se retrouver avec des adhérents deux fois plus âgés qu’elle. « C’est au contraire le brassage que je viens chercher au CAF. Je suis aussi à l’aise avec le groupe des « Zwhenos » (1) que dans une collective où l’on retrouve plusieurs générations. Je suis attachée à l’idée de transmission, de partage. Le CAF te permet de te faire un réseau. Il réunit des gens autour d’une passion commune, quel que soit son milieu professionnel. Une fois que tu y es, tu peux à la fois participer aux sorties programmées et organiser des courses avec des copains que tu as choisis. »

Alice a la montagne à fleur de peau. Elle l’aime tellement qu’elle s’en est fait tatouer une à l’intérieur du bras gauche. Comme un rappel de toutes les émotions fortes qu’elle éprouve dans une grande voie ou une pente raide. « Des peurs, des purs bonheurs, des doutes, des moments où tu te dis : qu’est-ce que je fous là ? C’est un vrai tourbillon. »


ALICE est infirmière et a découvert le CAF grâce à une de ses « colocs ». Elle  pratique l’escalade, l’alpinisme, la randonnée pédestre et à skis. « Le CAF m’a rendue plus confiante et autonome.»  

(1)  Les « zwhenos » sont les adhérents du CAF de 18 à 35 qui organisent leurs propres sorties et rendez-vous festifs.



Benoît PLESSIS : un président qui n’a pas froid aux yeux

A l’âge où l’on joue au foot, il se prend pour Jean-Louis Etienne ou Paul-Emile Victor. « Avec mon grand-frère dans le Jura, on s’amusait à monter des expéditions polaires. » Devenu adulte, les rêves d’enfant sont devenus réalité. Pas un hiver sans que Benoît Plessis ne zizgague dans le Grand Nord avec femme et enfant. Sans oublier les adhérents amateurs de ski nordique ou de randonnée qu’il embarque pendant une semaine. Pour le président du CAF de Chambéry, le spectacle d’une aurore boréale mérite bien quelques frissons. Comme lors de ce stage dans le lac de Tignes où il a bien fallu se mettre à l’eau glacée en janvier pour se préparer au pire le jour où il devra sauver un compagnon de la noyade. « Cela fait partie de l’entraînement à la sécurité quand on emmène un groupe, » rappelle le guide polaire. Ils sont une vingtaine en France.

Une passion plus qu’un métier. Car Benoît Plessis, où qu’il soit, n’oublie jamais son vrai métier : professeur de géographie. Une matière qu’il aime par-dessus tout enseigner sur le terrain avec ses élèves du collège. Comme en septembre dernier où il les conduisait en Vanoise sous un ciel parfois menaçant. « Il faut savoir faire aimer la montagne par tous les temps », professe l’enfant d’instituteurs qui a hérité de ce devoir de transmettre à ceux qui nous suivent. Quel que soit leur âge.

Arrivés en Savoie il y a dix ans, Benoît et sa femme Lucile s’inscrivent tout de suite au CAF. « Nous venions de Bourges où la section locale comptait 150 adhérents, nous étions très impressionnés. Pour nous, Chambéry était le club qui en imposait, de très haut niveau. Nous avions aussi l’image d’une grosse machine, plutôt anonyme. C’était au contraire le moyen idéal de nous intégrer à la vie locale. Aujourd’hui, 90% de nos amis sont cafistes.»

Benoît commence par donner un coup de main comme bénévole. Il encadre bientôt le ski de fond, puis entre au bureau, devient vice-président chargé des activités.

TEL PERE, TEL FILS

En 2018, le voilà président. « Une semaine après la naissance de notre fils ! » Pas de quoi affoler le jeune père. « Il était tout juste né quand je l’ai inscrit au CAF, avant même de le déclarer à l’état-civil. Je voulais qu’il fasse tout de suite partie de la grande famille des Cafistes.» Cinq mois plus tard, Victor goûte déjà aux charmes de la Laponie finlandaise. L’année suivante, il est en Norvège. « Il y en a qui nous trouvaient fous, d’autres pensaient qu’il aurait trop froid. Je crois au contraire qu’il a eu très tôt le goût de la nature, des grands espaces. C’est là-bas qu’il a fait ses plus belles siestes. »

De là sans doute naît le projet qui lui tient à cœur : créer une section « Petits Vikings » pour que les jeunes parents continuent à pratiquer la montagne avec leurs tout-petits. « Il y a trop de jeunes couples qui arrêtent au premier enfant en pensant que ce n’est plus possible. Non, il suffit d’adapter les sorties au rythme de la famille. »  
 

BENOIT PLESSIS est président du CAF de Chambéry quand il n’enseigne pas la géographie, en classe comme en montagne. Il est aussi guide polaire. Pas un hiver sans partir explorer le Grand Nord avec Lucile, Victor, et un groupe d’adhérents.

 

Claire RAMEAUX, une école de patience

Six heures pour parcourir six kilomètres. « On avance toujours au rythme du plus lent », rappelle Claire Rameaux, trois jours après la dernière sortie qu’elle a encadrée dans les Bauges avec le groupe Handicaf. Prendre son temps pour donner accès à la montagne à ceux qui n’y mettraient pas les pieds autrement. Ils sont une vingtaine au CAF de Chambéry à profiter, grâce à Claire et à d’autres encadrants, des randonnées pédestres et des séances d’escalade. Spécialement préparées pour celles et ceux qu’un handicap physique ou mental aurait pu éloigner des joies d’une journée en altitude (1).

Dès qu’elle arrive à Chambéry en 2010, Claire s’inscrit au CAF. Avec l’idée de profiter des sorties organisées en alpinisme et ski de randonnée. « C’était tellement demandé que j’ai vite renoncé. Mais j’ai vu qu’il y avait une section Handicaf. J’ai proposé de donner un coup de main et ça m’a tout de suite plu. J’avais envie de faire partager, de permettre à des gens d’aller là où j’aimais aller. »

Elle le reconnaît, l’encadrement donne parfois des sueurs froides. Comme dans cette via ferrata de la Drôme où un des participants a avoué, une fois sur la paroi, qu’il avait le vertige. « A l’arrivée, j’étais épuisée ! » Il en faudrait plus pour la décourager. « J’aime l’ambiance au sein du groupe. Surtout lors des sorties où les valides et les handicapés se retrouvent ensemble. »

Avec l’expérience, Claire a appris à anticiper. Le temps nécessaire pour accéder au refuge, les risques d’un sentier escarpé pour un marcheur qui peine à garder l’équilibre, les consignes à rappeler, toujours de face, à un sourd qui s’apprête à grimper…Une école de patience.

Ça tombe bien, Claire a appris la patience au contact de la nature. L’ancienne étudiante en biologie est intarissable sur son stage dans le Mercantour à guetter le premier vol d’un gypaéton. « Vous attendez des jours, et il se décide quand vous n’êtes pas là. » Depuis, elle est devenue tout aussi incollable sur les mœurs de l’aigle royal ou du vautour. Même patience exigée à la direction de l’environnement du Département, où elle travaille au service des espaces naturels. Là encore, il ne faut rien brusquer. Mais convaincre, faire preuve de pédagogie. De patience.


Claire RAMEAUX encadre le groupe Handicaf quand elle ne travaille pas à la direction de l’environnement du Département. « J’avais envie de permettre à des gens d’aller là où j’aimais le faire. »

(1)  Le  CAF compte 3 encadrants Handicaf réguliers pour les séances d’escalade : Jacques Bachaud, Nicolas Paris, Maryse Grimonprez.

 

Olivier ACHKAR, les yeux vers le ciel, les pieds sur terre...

Souvent, il les contemple du ciel. Au milieu des nuages. Depuis 2000, Olivier Achkar a eu le temps de découvrir toutes les chaînes de montagne d’Europe. Il est pilote de ligne. Un rêve de gosse, nourri par le souvenir d’un grand-père colonel dans l’armée de l’air autant que par le goût d’assembler des maquettes d’avion. Une passion pour le grand air, à toutes les altitudes, héritée d’un père aussi à l’aise accroché à un parachute qu’avec des palmes et une bouteille dans le dos. Gamin, il apprend tôt à skier sur les pentes de Tignes. Puis opte pour les chasseurs alpins de Bourg-Saint-Maurice qui l’initient à l’alpinisme et au ski de randonnée.

« J’AIME L’ENGAGEMENT, LA PRISE D’INITIATIVE »

« J’ai toujours aimé lever la tête pour voir ce qu’il y avait plus haut. » Alors, quand il n’est pas aux commandes d’un avion, Olivier se plaît à parcourir les sommets. Avec le souci de partager ces sensations fortes qui le portent depuis l’enfance. Rien d’étonnant qu’il se retrouve animateur de colo et de centre de vacances après le lycée. Le plaisir de dormir à la belle étoile, de chercher son itinéraire, de composer avec le temps et la nature. Ce besoin de transmettre aux plus jeunes ne le quittera pas. Rien de tel que de partir pour une randonnée itinérante en Islande ou dans les Pyrénées avec sa femme et ses trois enfants. Puis au sein du CAF de Chambéry, dont il est encadrant en ski de randonnée après des années de pratique comme adhérent. «La formation est continue, que ce soit dans les airs  ou en montagne. J’aime l’engagement, la prise d’initiatives. Je n’ai pas le tempérament d’un suiveur, je préfère être acteur de l’aventure. »

Son métier de pilote l’aide-t-il dans la pratique de la montagne ? « Quand je vole, je prends en compte beaucoup de paramètres tels que la météorologie, les conditions de vol, la synergie de l’équipage. Ce que je retrouve en alpinisme ou en ski de randonnée. Notre formation nous rend aussi très sensible aux facteurs humains pour la sécurité. Dans l’aérien, tout est très codifié et le retour d’expérience est permanent. Cette pratique se développe en montagne, mais il y a beaucoup plus d’incertitudes, notamment en hiver. Le manteau neigeux reste quelque chose de très compliqué. D’où l’importance des stages de formation pour mieux appréhender la neige et les risques d’avalanche.»


OLIVIER ACHKAR vit entre ciel et terre. Pilote de ligne, il est encadrant en ski de randonnée quand il atterrit. « Quand je vole, je prends en compte beaucoup de paramètres tels que la météorologie, les conditions de vol, la synergie de l’équipage. Ce que je retrouve en alpinisme ou en ski de randonnée. Notre formation nous rend aussi très sensibles aux facteurs humains pour la sécurité. »



Sylvaine SUROT, la montagne au long cours

« La première fois où j’ai pu m’inscrire à une sortie collective, j’ai pris peur. Il y avait 17 personnes ! » Pour Sylvaine Surot, cette première a failli être la dernière. C’était justement l’image du CAF qu’elle redoutait : ces marcheurs en file indienne qui vous gâchent le moral quand vous pensiez goûter au calme de la montagne.  C’était en 2010. Elle était déjà encadrante en ski de randonnée.

« J’ai toujours considéré la montagne comme un sport d’équipe, une histoire de partage. Celui qui est en forme attend celui qui est fatigué. Une femme se retourne pour voir derrière si tout le monde suit. Chez les hommes, c’est beaucoup plus rare. » Sylvaine constate, sans amertume.

Elle aime voir les groupes se souder au fil des heures, dans une alchimie nourrie par l’effort et le respect. Eté comme hiver, elle n’encadre pas moins de trente sorties par an, de la simple sortie « cool » au raid de plusieurs jours avec 1500 mètres de dénivelée quotidiens. Avec un faible pour les « randos-trappeurs », prises d’assaut par des adhérents ravis de tester une nuit dans une cabane, un igloo ou sous tente. Aussi loin qu’elle regarde en arrière, les peaux de phoque sont collées sous les skis. « Nous étions sept à la maison, alors le ski en station n’était pas une priorité.  J’ai goûté très tôt au plaisir de la neige et des montées avec mes skis à câbles. »

Le sens de l’effort ne l’a jamais quittée. Elle a vingt-huit ans et vingt kilos sur le dos quand elle quitte Puchberg Am Schneeberg, en Autriche, pour traverser les Alpes avec une autre femme de son âge.  Jusque-là, seuls les hommes s’étaient lancés dans cette aventure. Trois mois sur les skis, des vivres pour cinq à six jours, une météo au doigt mouillé, des nuits entre granges et refuges non chauffés. La montagne au long cours. Sylvaine découvre comment l’effort révèle le caractère. Elle le vérifiera dans d’autres occasions. « Je revois le départ de ce raid où l’encadrant préparait tout le matériel avant de dire : « Maintenant, on se répartit les cordes. Sans me regarder bien sûr. Il était très surpris quand je lui ai dit que je pouvais en prendre une. La rando reste un milieu trop masculin. »

Quand elle n’est pas en montagne, Syvlaine prend son carnet et laisse filer sa plume. Pour dire son bonheur de goûter « les 1000 nuances de blanc, la simplicité du vivre ensemble », pour nous confier son bonheur de ressentir comment la nature « embellit son jardin intérieur ». 

La montagne est une expérience physique, mais aussi poétique et philosophique.


SYLVAINE SUROT , encadre près de 30 sorties par an, de la petite rando cool au raid de plusieurs jours. Avec un esprit « trappeur » qui fait le bonheur des amateurs de nuits hivernales dans une cabane, un igloo ou sous tente. Son crédo : « J’ai toujours considéré la montagne comme un sport d’équipe. Celui qui est en forme attend celui qui est derrière. »



Pierre NEYRET, la montagne en partage

Fêter ses 60 ans au cœur du Pakistan. Pierre Neyret en rêvait. Ce printemps 2024, le rêve est accompli. Le guide de haute montagne chambérien est avec un groupe de clients pour un mois de raid à ski avec pulka. Dans la centaine de kilos de bagages, il n’a pas oublié quelques bougies et une gourde d’élixir de Chartreuse pour marquer le coup. «Le genre d’ambiance que j’adore. C’est un peuple accueillant, chaleureux, qui aime rire. Tellement différent de l’image que nous en avons ici. Les paysages sont d’une sauvagerie incroyable, quand vous quittez les villages et que vous partez en autonomie complète. J’ai l’impression de retrouver mes premières émotions d’ado, quand je découvrais les Bauges ou la Chartreuse. »

Dès 1993, il est un des premiers à explorer les vallées reculées de ce pays moins en vogue que le Népal ou le Maroc. Coup de foudre. Trois ans plus tard, il y retourne pour l’agence Allibert. Il fait le plein de globules, mais aussi d’images qu’il aime faire partager le temps d’un reportage publié dans Trek ou Montagne magazine. « La photo te rend plus attentif aux coins où tu mets les pieds. Tu as beau repasser au même endroit, tu n’as jamais la même lumière. Tu ne t’en lasses pas. » La preuve, il doit compter aujourd’hui près de quarante allers-retours France-Pakistan au compteur.

DECOUVRIR SES LIMITES, DEVENIR AUTONOME

Avec ses parents, le petit Pierre découvre la beauté des étés en Maurienne. Puis vient le temps des premiers frissons avec son grand-frère. « J’ai alors compris que la montagne était une affaire de cordée, de partage. Nous avons appris tout seuls, dans les bouquins, entre copains. J’ai eu la chance de grimper ensuite avec Chantal Mauduit. Mais je n’avais pas vraiment l’esprit CAF. Au départ, j’y ai adhéré uniquement pour l’assurance et les réductions dans les refuges. C’était pour moi un club un peu vieux. Et quand tu débarquais lors de la réunion du vendredi soir rue Croix d’Or pour les sorties du week-end (1). Tu te retrouvais perdu au milieu des initiés. »

Avec le temps, le guide change de regard sur le club. Il propose de faire partager son expérience aux jeunes. « En 2007, j’ai commencé à encadrer des sorties qui les changeaient de la simple balade avec Papa-Maman. Quelque chose de plus aventureux, pour leur apprendre à se débrouiller, pour les rendre autonomes. Je repense à ces ambiances hivernales en pleine tempête. On se serait cru en Antarctique sans quitter les Alpes. Je voulais leur apprendre à découvrir leurs limites, à sortir du cadre. La meilleure récompense était de les voir revenir, deux trois années de suite, avec des étoiles dans les yeux. J’ai voulu leur faire vivre ce qui m’avait tant plu quand j’avais leur âge. Ma fierté de voir que certains ont continué, et commencé à encadrer des sorties à leur tour. »

(1)  C’était l’ancienne adresse du club chambérien, installé aujourd’hui 176 Faubourg Maché.  Et l’inscription aux sorties se fait sur internet.
 

PIERRE NEYRET, guide de haute-montagne, partage sa vie entre les Alpes et le Pakistan. Avec les jeunes du CAF Chambéry, il sait communiquer le frisson d’aventure qui lui a fait aimer la montagne quand il était ado.



Emile, cultiver l’héritage familial

Chaussures en cuir et knickers sur chaussettes de laine écrue. Arrivés au  bivouac, les alpinistes plantent leurs tentes de toile dans la neige  avec leurs piolets. Emile ne résiste pas à l’envie de nous montrer le film de l’expédition menée par le CAF en 1969 en Afghanistan. Un sommet de 6600 mètres atteint après une progression entre séracs géants et pentes à 60 degrés.

L’épopée a nourri la saga familiale. « C’est un peu grâce à mon grand-père que je suis adhérent aujourd’hui. Il était alors médecin de l’expédition. J’avais toujours vu son piolet et je me demandais à quoi il servait. Je suis fier de l’avoir gardé, tout comme ses crampons et son sac à dos. J’ai appris aussi récemment que mes arrière-grands parents s’étaient connus au CAF. Je me dis que sans cette rencontre, je ne serai peut-être pas né. »

A 32 ans, Emile entretient l’arbre généalogique, tout en se réjouissant de l’évolution récente de l’association centenaire. « Elle a longtemps été réservée à une certaine société, qui cultivait les relations entre gens de même catégorie sociale. Comme lorsque mon ancêtre laissait sa carte de visite une fois arrivé au sommet du col des Aiguilles, dans les Ecrins ! Même encore aujourd’hui, les enseignants, les cadres supérieurs et professions libérales restent sur-représentés et je me demande pourquoi l’alpinisme demeure un sport d’élite, alors que le club fait tout pour qu’il soit abordable. J’aimerais qu’on arrive à l’ouvrir davantage. »

Déjà, le club s’est beaucoup rajeuni. « C’était une bonne surprise quand je suis arrivé à Chambéry. J’ai tout de suite été attiré par le groupe des « zwhenos »  (1). J’ai retrouvé ce qui m’avait tant plu au lycée nature de Die, où l’on apprenait aussi bien l’escalade que le ski et le kayak. La pratique de différentes activités m’a toujours intéressé. Et j’aime l’idée de cycles qui permettent de souder un groupe et de se perfectionner. C’est ce que j’ai trouvé ici. »

Rendre ce que l’on a reçu. C’est l’autre credo d’Emile. « J’ai eu beaucoup de chance. Je me suis fait la plupart de mes amis au club. J’ai progressé en cartographie, en connaissance de la neige. Maintenant, j’ai envie de transmettre. » Depuis deux ans, Emile est encadrant en ski de randonnée. Il apprend à gérer son stress lors de la préparation des sorties, à anticiper les erreurs et les hésitations du groupe qu’il emmène. Il est entré aussi au comité directeur, « pour comprendre les coulisses de l’association et apporter la voix de sa génération. »

Elle doit porter à en juger par la fougue avec laquelle il a fait découvrir le Caf à ses colocataires, dont plusieurs ont pris leur carte à leur tour.


EMILE pratique l’escalade, l’alpinisme, encadre le ski de randonnée et fait partie du comité directeur. Fier d’appartenir à un club où se sont connus ses arrière-grands-parents. « Sans cette rencontre, je ne serais peut-être pas né ! »



Philippe MARGRY, accord en cimes majeur

 Trois mois sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, un séjour dans le Verdon, une semaine à Belle-Ile, une autre dans le Val Maira en Italie, en attendant d’y retourner cet hiver en raquettes…Soit plus de quatre mois à user ses semelles l’an dernier, dont un bon quart consacré au CAF de Chambéry. « A 74 ans, je compte les années qui restent et je me dis que je n’aurai jamais le temps de tout faire. » Une course contre la montre que Philippe Margry n’est pas près d’arrêter. Quand il ne marche pas, il revit les épisodes précédents ou prépare les suivants avec les adhérents qui se bousculent pour s’inscrire.

Son secret ? La convivialité. « L’exploit pour l’exploit, ce n’est pas mon truc. Même si j’ai beaucoup pratiqué l’alpinisme et le ski de randonnée. J’adore les refuges, prendre ma guitare, préparer à manger. On ne se refait pas. » Surtout quand on a été chef scout.

« A 5 ans, j’ai fait ma première photo. Je l’ai encore. C’était le Mont-Aiguille. J’ai dit : un jour, j’irai là-haut. En 69, j’étais au sommet, tout seul. » Philippe était déjà adhérent au Caf Paris Ile-de-France depuis huit ans. Une adhésion offerte par son père pour le consoler de se retrouver loin des montagnes. Bientôt le temps de l’escalade à Fontainebleau et des allers-retours en car pour les week-ends de ski. Mais dès qu’il le pourra, Philippe retrouvera les Alpes, à Annecy puis Chambéry.

DIFFICILES DE TROUVER DES BENEVOLES

 « J’ai tout de suite aimé l’ambiance du rendez-vous du vendredi soir Rue Croix d’or, où s’organisaient les sorties du week-end. C’était noir de monde et ça se terminait autour d’un verre (1). Je voulais être un simple adhérent, mais très vite Jean-Claude Gorry (ancien président) m’a dit qu’il avait besoin de gens pour encadrer les raquettes. C’était parti. Puis je me suis retrouvé au comité directeur, vice-président, président, trésorier et de nouveau vice-président. J’ai vu le club évoluer comme la société. Avec la difficulté de trouver des bénévoles qui s’engagent dans la durée. Et je pense qu’Internet a cassé l’âme du club. C’était indispensable pour une association de cette importance, mais ça l’a rendu plus impersonnel, avec moins de brassage entre les générations. »

Ce qui ne l’empêche pas de rester fidèle au poste. « Parce que ce club a toujours su aller de l’avant, se distinguer des autres par ses innovations. Notre école d’aventure a été la première à être labellisée. Notre groupe des « zwhénos » fait référence au niveau national (2), comme nos sorties en famille. Et nous faisons tout pour que nos activités restent abordables. »

Le temps de la photo, Philippe ressort ses raquettes…et sa guitare. On l’imagine le soir au chaud dans un refuge, entouré de son groupe de fans qui lui demandent de chanter Ferrat. « Pourtant, que la montagne est belle… »

(1)  Les inscriptions aux sorties se font maintenant sur internet sur le site du CAF (www.cafchambery.com).

(2)  Il s’agit du groupe des adhérents de 18 à 35 qui organisent leurs propres sorties et rendez-vous festifs.


PHILIPPE MARGRY aura occupé tous les postes à la direction du CAF Chambéry. Même s’il préfère de loin prendre ses raquettes et sa guitare pour monter en refuge ou lacer ses chaussures de randonnée pour aller jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle.



Jean-Pierre ROJON, entre popotes et peaux de phoque

Des chapelets de diots longs comme une corde de rappel. Jean-Pierre Rojon serait bien en peine de vous dire combien de dizaines de saucisses et de kilos de polenta ou de crozets il a pu préparer dans sa vie. Une assemblée générale, un congrès, un trail, un Grand parcours…il répond toujours présent. En quarante ans de bénévolat CAF, il ne compte plus les heures passées aux fourneaux. Sans parler des journées à faire le tour des refuges de Savoie et Haute-Savoie pour effectuer les réparations nécessaires et programmer les travaux à venir. Sans oublier non plus les sorties en alpinisme, randonnée pédestre ou à skis à préparer et encadrer comme initiateur.

« Je me souviens d’une année où j’ai consacré 90 jours au CAF ». Aucun regret, peut-être une pointe de nostalgie. Il nous parle d’un temps où le contact humain remplaçait les réseaux sociaux. « Le vendredi soir, on se retrouvait parfois à 50 ou 60 dans la petite salle de la rue Croix d’Or pour préparer les sorties du week-end et boire un coup (1). C’était très convivial et ça permettait vite de faire connaissance. On sortait beaucoup par affinités. Il y avait sans doute plus de brassage entre générations. »

A 75 ans, Jean-Pierre revoit ces années 80-90 où « les anciens » avaient à cœur de partager leur expérience. « J’avais fait un peu de montagne avec mon père, mais je n’avais pas de technique. Je me suis tout de suite senti adopté. Notamment par un ancien maquisard et un ancien chasseur alpin qui connaissaient la région comme leur poche. J’ai vite progressé et pu faire des courses assez engagées. On avait la chance de côtoyer des alpinistes comme Chantal Mauduit et Serge Coupé (2). » Autant d’occasions d’élargir l’horizon. Surtout à une époque où les rencontres avec les clubs des autres pays alpins se développent. Jean-Pierre Rojon troque alors sans transition la louche contre le baudrier. « J’ai découvert des coins où je ne serais jamais allé autrement. »

Le montagnard n’oublie jamais son métier : carreleur puis chef de chantier chez Mignola où il s’occupe notamment des travaux en station. Les artisans sont alors très précieux pour le club, dont les refuges nécessitent un entretien permanent, quand les plus vieux exigent une reconstruction complète. Jean-Pierre répond toujours présent. Il fait remonter ses demandes au CAF national, qui sait qu’il peut compter sur son expertise. « On travaillait, mais on passait aussi du bon temps. Quand on se retrouvait quatre jours là-haut à bricoler avant d’aller profiter de la montagne. »

Quand il adhère au CAF, Jean-Pierre découvre un lieu de rencontres conviviales. Voire plus si affinités. «Comme plusieurs couples, Evelyne et moi nous avons fait connaissance au club. Ce n’est pas étonnant, il y a pas mal de gens qui arrivent d’un peu partout, par choix ou au gré des mutations, et qui se retrouvent autour d’une passion commune. » Une passion qu’il n’a eu de cesse de transmettre. C’est pour lui ce qu’il y a de plus riche, mais aussi de plus fragile dans le vénérable club centenaire. « Aujourd’hui, on sent moins de reconnaissance pour le travail des anciens. On est vite oublié. »

Alors il retrouve ses vieux copains cafistes pour une semaine d’itinérance en vélo électrique. En attendant que ses genoux fatigués lui permettent de nouveaux de rechausser ses skis de randonnée.

 

(1)  Le club est aujourd’hui installé au 176 Faubourg Maché et les sorties se font en ligne (www.cafchambery.com)

(2)  Chantal Mauduit a gravi les grandes voies des Alpes et des Andes avant de réussir l’ascension sans oxygène de six des sommets à plus de 8000 en Himalaya. Elle est décédée en 1998 sur les pentes du Dhaulagiri au Népal.

(3)  Serge Coupé a ouvert de grandes voies en Chartreuse, Vercors et Oisans avant de participer avec succès à l’ascension du Makalu en 1955.


JEAN-PIERRE ROJON compte 40 ans de bénévolat au CAF, comme encadrant ou aux fourneaux. «Une année, j’ai consacré 90 jours au club », se souvient l’ancien artisan dont l’expérience était très précieuse  pour l’entretien des refuges.


 
Thomas CHAGNEAU, comme un poisson dans l’eau

« Quand je dis aux gens que je suis guide de canyon et pharmacien, c’est vrai que ça les surprend. » Nous aussi. Pour Thomas Chagneau, ça n’a rien d’incompatible, c’est juste une question d’organisation. Il passe sans difficulté de la tenue de ville à la combinaison noire en néoprène, de la chaleur de l’officine aux eaux froides des torrents dans lesquels il adore barboter. Et faire partager ses sensations fortes. Comme l’automne dernier dans le canyon du Grenant, à côté d’Aiguebelette, où il proposait une journée d’initiation à ses collègues et à leurs enfants. Angélina en parle encore avec des étoiles dans les yeux, bien qu’elle n’ait pas oublié son entorse à la cheville. « C’était formidable ! Et il savait si bien nous mettre en confiance. »

« Quand on aime quelque chose, on veut le faire découvrir aux autres, » résume Thomas, pour qui La Réunion a été le déclic. Pendant huit ans, il a connu les plus belles vasques, les plus grands sauts, les toboggans les plus ludiques de l’île. Tout ce qui fait le sel d’un sport qu’il a pratiqué jusqu’à devenir professionnel au terme d’une formation au sein de la FFME (Fédération française de la montagne et de l’escalade). « J’ai tout de suite voulu aller vers l’autonomie, je n’aime pas être suiveur. C’est ce qui m’a donné envie d’encadrer. » 

Quand il arrive à Chambéry, Thomas sait que le CAF propose cette activité. Il s’inscrit, non sans une pointe d’appréhension. « Pour moi, ce club, c’était un peu un truc de vieux. Quand j’ai découvert le groupe des Zwhénos (1), j’ai vite changé d’avis, j’étais le plus âgé ! »

A peine inscrit, Thomas propose d’encadrer les sorties canyon. « C’est une responsabilité. Il faut rester toujours concentré, anticiper les obstacles, analyser le débit de l’eau, le niveau du groupe, enseigner les codes visuels pour communiquer. Il faut s’assurer que les participants se contrôlent les uns les autres. Comme ailleurs en montagne, on doit oser tout se dire quand quelque chose ne va pas. Si tu vois qu’un pro a oublié de mettre son casque, n’hésite pas à le lui signaler. »

Est-ce un atout de plus d’être pharmacien ? « Je sais quoi mettre dans ma trousse de secours. Mais j’ai appris aussi les gestes à connaître -poser un strap, soigner une coupure- lors de mes formations de guide. »

Originaire d’Angers, Thomas ne connaissait personne à Chambéry quand il est arrivé. « Je me suis très vite fait des amis grâce au club. Le dernier réveillon, je l’ai fêté dans un refuge avec des copains de CAF. C’est un petit monde où l’on se connaît vite. »


Thomas CHAGNEAU encadre le canyon, pratique l’escalade et le ski de randonnée. « Je me suis très vite fait des amis grâce au club. Le dernier réveillon, je l’ai fêté dans un refuge avec des copains de CAF. C’est un petit monde où l’on se connaît vite. »

 

Annie et Denis PIVOT, les crampons de l’amour

« Il n’y a pas que l’acier qui attire la foudre ». Denis Pivot jette un regard discret sur Annie, comme au premier jour. « J’ai vu d’abord ses chaussures sur lesquelles elle fixait les crampons de mes rêves. Puis mes yeux sont remontés lentement vers son visage… » Coup de foudre. Près de cinquante ans plus tard, il se confie avec la pudeur de l’adolescent trop timide pour déclarer sa flamme. Annie sourit, savoure l’anecdote, avant de libérer un éclat de rire. Sans le CAF, il n’y aurait pas d’histoire à raconter. Ils n’avaient aucune raison de se rencontrer.

A Melun où son père a été muté comme Colonel dans la gendarmerie, la Savoyarde a le mal du pays. « Là-bas, j’ai vraiment senti que les montagnes me manquaient. J’ai adhéré au CAF Chambéry dès que je suis revenue faire mes études de médecine à Grenoble. » Aucune expérience, mais un besoin vital de gravir ces sommets tant attendus. Annie adhère en 1974. Cinquante ans plus tard, elle a toujours sa carte.

Denis n’avait rien non plus pour devenir un grand alpiniste. « De zéro à trois ans, j’étais toujours malade. Une fois opéré, je suis resté chétif, j’étais d’ailleurs dispensé de gym.  A 13 ans une scoliose avait tellement évolué que j’ai été plâtré deux mois, avant de porter un corset nuit et jour pendant cinq ans. » Alors il dévore les BD et découvre « Montagne pour un homme nu », le récit de Pierre Mazeaud, premier Français à avoir gravi l’Everest. Révélation.

« Comme j’avais un besoin de montagne, je me suis inscrit au CAF en 1976 pour écumer sa bibliothèque comme un boulimique. J’ai acquis une connaissance encyclopédique de la montagne…sans bouger de ma chambre. » (2)

Champion toutes catégories pour la théorie, mais toujours pas de pratique. . Le hasard fait bien les choses, il participe bientôt à cette sortie où une inconnue porte les fameux crampons d’acier.

Leur idylle mériterait un livre, ou un film. Avec ce premier baiser par une nuit de tempête de neige où, bloqués sur la route, ils campent dans le Dévoluy pour le réveillon. Avec cette traversée de la Cordillère des Andes et des Rocheuses en 4L pour leur voyage de noces. Treize mois à grimper par tous les temps. Dès lors, le couple vivra encordé. Jamais l’un sans l’autre. Ils collectionnent les médailles en ski-alpinisme et partagent leur vie sur les pentes du Makalu et de l’Everest. De retour en Savoie, ils ne ratent pas « la grand-messe » du vendredi soir rue Croix d’or où se préparent les sorties du week-end au CAF Chambéry (1).

Annie se passionne pour la médecine en haute montagne et décroche son premier ticket pour une expédition au Makalu en 1987. « J’ai dit d’accord, mais avec mon mari. » Ça tombe bien, Denis a choisi le métier de guide. Ils retourneront trois ans plus tard en Himalaya, cette fois sur l’Everest.

Denis devient ensuite professeur à l’ENSA (Ecole nationale de ski et d’alpinisme). Sans oublier le CAF national, où il fait partager son envie de transmettre, de fédérer les sportifs animés d’une même passion. Il monte ainsi la première équipe de France de ski-alpinisme.

Aujourd’hui, Annie et Denis sont restés fidèles au club chambérien. « Il y a un vrai brassage social. On ne parle pas boulot, tous les milieux intellectuels et professionnels se croisent. Chez les adhérents, ça s’est bien rajeuni et féminisé. »

(1)  Le CAF Chambéry est maintenant installé 176 FG Maché et les sorties sont publiées sur son site internet (www.cafchambery.com).

(2)  Lire le livre de Denis Pivot « Le miracle de la neige » paru aux Editions Guérin.


Annie et Denis PIVOT se sont rencontrés au CAF avant de parcourir les Alpes, les Andes et l’Himalaya, crampons ou skis aux pieds. Ils restent fidèles au club chambérien.  « On ne parle pas boulot, tous les milieux intellectuels et professionnels se croisent. Chez les adhérents, ça s’est bien rajeuni et féminisé. »


  
Valérie RAMBAUD, rendre ce que l’on a reçu

Retour d’une randonnée de ski ce jour de janvier 2023 dans le Beaufortain. Après l’effort dans la poudreuse et sous le soleil, c’est l’heure du debriefing autour d’une bière ou d’une boisson chaude dans un café de Beaufort. Un rituel au CAF pour voir comment chacun des neuf participants a vécu la rando afin d’améliorer les prochaines sorties. La question me démange : pourquoi réunir des skieurs de niveaux et d’âges aussi différents ?

« C’est justement ce qui me plaît comme encadrante : la mixité et le brassage des générations », résume Valérie Rambaud, pour qui le CAF est le lieu où l’on donne ce que l’on a reçu. « J’ai beaucoup appris grâce à mes aînés quand je suis arrivée en 2010. A mon tour de transmettre. Et ça me fait plaisir de voir qu’il y a de plus en plus de jeunes qui s’investissent et qui apportent des idées nouvelles. Ils organisent des « apéro tchatche » où l’on mêle la convivialité et les conseils pour entretenir le matériel, préserver la quiétude des animaux et le milieu montagnard. On échange des idées de destination, de raids, on organise les formations…

On sent un besoin de se retrouver après les années compliquées du COVID. Surtout dans un grand club où internet a rendu les échanges plus anonymes (1). »

Rien ne prédestine la jeune Bordelaise de 16 ans à la montagne, en tout cas pas au CAF de cette ville. « J’en entendais plus parler comme d’un club de rencontres -genre Meetic- que comme une association de sportifs. Ce n’était pas mon genre. » Valérie préfère partir seule découvrir les Pyrénées, carte et boussole en mains. J’avais pratiqué la course d’orientation au collège et je demandais conseil aux gens du coin. C’est en arrivant dans les Alpes que j’ai découvert le ski de randonnée. »

La jeune prof à l’INJS (institut national des jeunes sourds) se lie vite d’amitié avec un groupe du CAF d’Annecy. Et brûle les étapes. « Ils avaient un très bon niveau, certains s’entraînaient pour la Pierra Menta (1) pendant que je montais en peaux de phoque et descendais en raquettes. Mais ils ont vu que j’étais motivée. Ils m’ont vite mise en confiance. « T’inquiète pas, tu suis sans réfléchir ! »

Valérie adhère ensuite au CAF de Chambéry avec l'objectif de se former à la nivologie, la cartographie, la sécurité sur glacier et le secours en montagne. Elle pratique la randonnée pédestre et à skis, le VTT, l’escalade…Autant d’activités qui vont lui permettre de se créer un solide cercle d’amis. Elle sait aussi mettre à profit sa maîtrise de la langue des signes pour accompagner des jeunes sourds avec le groupe Handicaf.

« Le CAF a parfois l’image d’une association élitiste, trop tournée vers la performance. Si c’était vrai avant, je pense qu’elle a changé. Et les femmes osent de plus en plus se lancer même si la parité n’est pas encore là. »

(1)  Le CAF Chambéry compte 2300 adhérents (200 de plus qu’en 2022) et les inscriptions aux sorties se font sur le site internet (www.cafchambery.com).


Valérie RAMBAUD encadre le ski de randonnée et de randonnée pédestre. Elle met à profit sa maîtrise de la langue des signes pour accompagner les sorties Handicaf. « Le club doit être un lieu partage entre générations et pratiquants de niveaux différents.»



Sylvie ROUSSEAU, « Donner de mon temps, c’est une évidence »

Ce samedi de début janvier, Sylvie Rousseau brave une bise frisquette, les pieds dans la neige poudreuse tombée pendant la nuit sur la Chartreuse. Elle offre le café pendant qu’une quarantaine d’autres bénévoles animent les ateliers du « dva-parc » . Une journée pour initier plus de 300 personnes à la recherche de victimes d’avalanche et aux premiers secours. Deux heures plus tard, Sylvie n’a pas quitté son poste, ni perdu le sourire. Cette-fois, elle sert les diots, ces saucisses que Jean-Pierre Rojon, un autre pilier du CAF, prépare à chaque occasion (1).

« Donner de mon temps, c’est une évidence, » confie Sylvie Rousseau pour qui le CAF est devenu une seconde famille. Pas tout de suite. « J’en avais une image un peu poussiéreuse. Mais j’avais envie de progresser en ski de randonnée quand j’ai adhéré en 2003. Initiée adolescente par mon père, j’ai pratiqué ensuite avec des amis lorsque je vivais dans une station de Maurienne. Arrivée à Chambéry en 2002, je voulais me perfectionner pour être encore plus autonome. J’ai eu la chance de participer aux sorties encadrées par des bénévoles pédagogues et disponibles comme Alain Verly, qui m’ont donné envie à mon tour de m’engager. Mais plutôt en randonnée pédestre. »

C’était avant internet et les inscriptions en ligne. Dans le local bondé du Faubourg Maché, l’ambiance était très conviviale et les sorties prises d’assaut. Sylvie a un moment de vertige quand elle se lance pour la première fois. Elle propose une sortie en Belledonne.  « Je ne sais pas dire non, et je me suis retrouvée avec 18 inscrits ! Heureusement, la pluie a fait le tri, ils n’étaient plus que 13 sur le parking. Comme il continuait de pleuvoir, nous sommes partis à 8 et nous avons pique-niqué au sommet sous le soleil. Avec le café chaud préparé par un des randonneurs qui avait apporté un réchaud. C’est le genre d’expérience que j’apprécie et qui m’enrichit. On apprend à se connaître et à s’adapter aux conditions du moment. »

Le CAF repère vite les bénévoles disponibles. Comme lors de cette soirée où l’on aborde l’avenir autour d’un verre de vin rouge. « Tu ne voudrais pas entrer au comité directeur ? Surtout qu’il manque de femmes. » Et la voilà embarquée dans une nouvelle aventure. Où elle s’attache à développer les initiatives qui visent à rendre moins anonyme et plus accueillante une association aussi importante, avec ses 2200 adhérents. Rien d’étonnant chez une professionnelle qui a fait de l’accueil son métier. Quand elle n’est pas en montagne, Sylvie travaille dans le secteur du tourisme.


SYLVIE ROUSSEAU est encadrante en randonnée pédestre, quand elle n’est pas bénévole dans l’organisation des journées et animations, ou les réunions du comité directeur dont elle fait partie. « Donner de mon temps, c’est une évidence.»



Paulo GROBEL, l’adepte du pas de côté

 « Rien à taper de la performance ! » C’est dit. Sans animosité. On a beau chercher à le titiller. Ces sprinters de l’Everest ? Paulo Grobel les regarde passer, placide comme un yack. Ces fondus du chrono qui avalent le Mont-Blanc en moins de cinq heures ? Il préfère prendre son temps. Ces fusées du freeride qui dévalent les vallons de la Meije en face de ses fenêtres ? Très peu pour lui. Pas même une pointe d’envie, de jalousie. « C’est très bien qu’il y ait des pratiques différentes. Je suis pour une montagne de relations, d’émotions, pas de compétition. »

Entre les Alpes et le Népal, le guide de La Grave continue de suivre sa trace, insensible aux modes et à la médiatisation de l’exploit. Refusant de jouer les gourous, mais heureux de transmettre son expérience. Comme avec le CAF de Chambéry, où il anime bénévolement des sessions de formation sur « la Cartographie Systémique des Vigilances ». Un outil d’aide à la décision utilisé dans la préparation de la sortie puis sur le terrain. Il vise à impliquer concrètement les participants à son organisation. « C’est un gage de sécurité parce qu’il apprend à « faire ensemble » plutôt qu’à concevoir une transmission verticale des connaissances. »

Paulo Grobel a grandi à Chens-sur-Léman, en Haute-Savoie, où il commencé à crapahuter dans le Chablais. Il se souvient d’un grand-père, écolo avant l’heure, qui l’emmenait en train jusqu’au départ des randonnées dans les alpages suisses. « C’est sans doute de lui que je tiens ce goût d’une montagne apaisée. Puis j’ai découvert l’alpinisme grâce au CAF Léman quand j’avais 16-17 ans. Je repense toujours au jour où Bernard Verdier m’a demandé d’emblée d’être premier de cordée. » Une vocation était née. Il serait guide.

Les années 70 et les idées baba-cool sont passées par là. Paulo continue à lorgner sur les sommets, mais partage un moment l’aventure d’un élevage de chèvres à Saint-Gervais. Il se lance ensuite, seul, dans une grande traversée des Alpes à ski, devient pisteur-secouriste à l’Alpe d’Huez, guide à l’UCPA, avant de tomber sous le charme de l’Himalaya. Il découvre alors la montagne au long cours. Dès lors, il n’aura de cesse d’y retourner chaque année.

A 67 ans, Paulo Grobel n’est pas près de poser son sac. On le rencontre à Jacob-Bellecombette, son deuxième camp de base, juste avant son départ pour le Beaufortain, avant une étape à La Grave, pour enchaîner sur la Norvège. A chaque fois sans courir. Adepte de la « slow attitude » et du pas de côté. Celui qui permet de rester les yeux grands ouverts sur les sommets et ceux qui vivent à leur pied.      
 

PAULO GROBEL est guide de haute montagne et partage sa vie entre les Alpes et le Népal. « Je suis pour une montagne de relations, d’émotions, pas de compétition, » confie celui qui a développé un outil d’aide à la décision pour mieux associer les participants dans l’organisation d’une sortie en montagne.

La suite, par ici
 

Le Club Alpin Français de Chambéry est une association (type loi 1901) créée en 1874.

Plus de 2000 membres constituent notre club administré par 200 bénévoles.

Nos objectifs :

  • faire découvrir, aimer et protéger la montagne.
  • rendre accessible la montagne à tous.
  • rendre autonome en toute sécurité.
 

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