La poudre et la morue : récit de vacances en Norvège

Le 17.05.2016, par SylvainD, 11 commentaires


Avant propos : voici un récit de 12 jours de ski de rando, ski alpinisme, randonnée et détente en Norvège. Nous souhaitions partager notre belle et chanceuse expérience au pays des fjords. Si vous envisagez d'y partir pour les joies de la neige, nous nous ferons un plaisir de vous donner quelques tuyaux. 

 

Le film Super 8 des vacances :

  • Réalisation de Laure, sur les conseils d'Oliver (ou le contraire). 
  • Prises de vue 100% appareil photo suite à un petit souci de caméra embarqué.

Le récit :


Mais comment celà va t'il finir ? 

Kopanghen, 19h37. Après une petite erreur d'aiguillage dans les bois, nous skions depuis maintenant 30 minutes sur le plat au bord de la mer. Au son des mouettes, nous essayons de retrouver notre maison entre une baraque de pêcheur rouge, un hangar rouge et un séchoir rouge. Mais comment en est on arrivé là ? Pourquoi se perdre le long d'une route communale à 3 500 kilomètres de chez nous alors qu'on sait très bien le faire sur le plateau du Revard ? Pourquoi ces 6 cercles dans la mer ? Pourquoi n'avons nous plus un seul Balisto en poche ? Allons nous passer la nuit avec les trolls ? Comment cuit-on la morue ? Avec ces quelques lignes, nous allons tenter de comprendre les origines de cette rocambolesque odyssée. Bienvenue en Norvège, "Goddag!".

Tout commence autour d'un verre, c'était un Cerdon je crois. Une de ces liqueurs qui donnent à certains le goût de l'aventure et à d'autres l'envie d'en reprendre. Nous sommes au mois de Décembre 2015 sur les hauteurs de Chambéry ; l'herbe est verte comme un green à Evian, il fait 15° et les paquerettes squattent la pelouse. Tout va bien madame la marquise. Comme à chaque rassemblement des SDPRMPT (Skieurs De Pente Raide Mais Pas Trop), nous nous lançons dans de folles suppositions sur nos prochaines destinations ski. Il faut dire qu'avec nos aventures de l'an dernier en Haute-Maurienne (http://www.cafchambery.com/article/raid-en-haute-moustache--1299.html), nous avons pris goût aux paysages grandioses et aux descentes engagées (Mais Pas Trop). Mais où aller cette année de disette où la neige est aussi rare que le boeuf dans les lasagnes industrielles ? Le Chablais, massif le plus arrosé du moment ? Pas assez cher mon fils ! Les Dolomites ? oui, mais seulement pour la via, les barreaux sont secs ! Les Ecrins ? Mais faut prendre son maillot, Puy St Vicent a ré-ouvert sa piscine extérieure non chauffée ! la vallée d'Ossau ? la Bourboule ? les terrils du ch'nord ? Mais non, toutes ces destinations sont sèches comme le gosier d'un coureur du marathon des sables. On ne va pas quand même skier dans les glacières du Parmelan ? Alors, aux grands maux les grands remèdes, on fait sauter le bouchon du Cerdon au dessus du planisphère, en espérant qu'il ne retombe pas sur l'île de Baffin ou le Denali (mon découvert bancaire "aime ça")... Bon en réalité on avait tous rêvé de skier face à la mer dans un lieu qui nous aurait donné l'impression de tenter une aventure polaire extrême, mais avec le confort. La Norvège nous semblait une belle idée, les topos sont nombreux, les montagnes sont superbes, il parait que des chambériens y sont allés (rassurance level 12), on peut dormir sous la couette le soir sans souci, alors en avant Guingamp, ce sera la Norvège.

 

J - 108 à J - 1 :

Dans le désordre :

  • chasse aux topos
  • trouver des housses de ski pour l'avion
  • trouver des billets d'avion tarif éco
  • apéro de préparation (le prétexte)
  • le Routard
  • trouver des logements avec sauna
  • réserver les logements
  • démarrer les comptes d'apothicaire (la magie de Tricount)
  • écouter du rap Norvégien (Sylvain et ses recherches Google inutiles...)
  • connaître le taux de change des NOK
  • déchiffrer le BRA en anglais
  • réserver des autos (et ses conditions de vente si limpides)
  • refaire un apéro
  • checker les topos avec SuperPascal
  • envoyer des mails
  • revisser ses low-tech (merci les freins filets)
  • peser son sac
  • enlever 1,5 kilos de bonbons 
  • repeser son sac
  • Re-checker les topos avec Superpascal
  • envoyer des mails
  • consulter la météo locale
  • sauter sur sa valise
  • jouer à Tetris avec la housse à ski et perdre
  • démonter les talonnières 
  • rejouer à Tetris et gagner cette fois
  • manger les bonbons
  • chercher ses boardings pass
  • re re envoyer des mails avec des points d'exclamation
  • essayer de dormir avant le grand jour !

 

 

Jour 1 :
"Ils sont venus, ils sont tous là". Retrouvailles entre Chambéry et le Chablais à l'aéroport de Genève. Personne ne manque à l'appel pour cette aventure. Comme pour chaque expédition d'envergure, chaque membre d'équipage a été choisi pour ses hautes compétences :

  • Chloé : veiller à ce que tout le monde fasse sa sieste quotidienne.
  • Laure : tenir le livre des comptes (l'intelligence artificielle de Google a échoué dans cette tâche).
  • Ben' : s'assurer que tout le monde embarque sur le bon vol.
  • Dorian : veiller à ce que le pot de Nutella soit bien raclé.
  • Olivier : tester les ponts de neige sur les rivières.
  • Louis : lister par coeur les îles de l'Atlantique (vous verrez c'est utile en puzzle).
  • Sylvain : tester les contrôles de sécurité sur chaque escale.

Les enragés volontaires

 

La petite équipe prend donc son envol. Au vu du prix discount du billet (condition ciné quoi nonne d'une escapade en Scandinavie)  nous parlerons plutôt de sauts de puces entre pays. Mais cela nous donnera l'occasion de tester les fauteuils cosy de Zurich et le duty pas free du tout de Oslo. Ah oui, comme un sac était trop lourd (seconde condition pour des vacances abordables en Norvégie du Nord, amener sa tambouille, et ça pèse), un de nos voyageurs a gardé une chaussure de ski avec lui en cabine ("it smells like a flower" disait Elie Kakou).  

Vers 19h, notre avion troue la couche de  nuage du Finnmark pour plonger vers Tromso. Et là, c'est le pays de merveilles : des montagnes à perte de vue, la mer parée d'or, des couloirs (Raides Mais Pas Trop) de partout, des pics, des dômes, le soleil rose et absolument de partout...de la neige.

Nous atterrissons, récupérons TOUS nos bagages, louons les voitures, repérons même déjà un petit coin douillet pour dormir la veille du retour dans l'aéroport (discount j'ai dit), faisons une course de chariots, montons dans l'auto et gagnons le camping de Tromso pour une nuit en cabanette, notre première en Norvège. Tout marche bien navette !

Ce mois ci, dans Passion-Logistique, un numéro spécial Norvège

 

Jour 2 : Petite sortie à Prabert ? - Skarsfjettel (843 m)

La petite surprise du jour c'est qu'il ne fait pas grand jour à 7, ni 6, ni à 5, mais bien à 4h. De quoi démarrer les journées en ayant l'impression d'avoir fait la grasse mat' (ah le modèle scandinave, toujours bien pensé pour tout). Nous faisons une découverte motorisée de Tromso pour trouver de quoi faire un petit-déjeuner. Une belle occasion pour découvrir le pont de Tromso (avec un bon 15 mètres de D+), la vaillance des ses habitants qui bravent le froid à bicyclette et à cagoule, les ronds points souterrains et surtout les fréquences radio locales (ah la matinale de NRK...). Une fois ravitaillés, nous prenons le temps de faire quand même un peu de ski. Ce sera un petit sommet au dessus de Tromso au départ d'une piste de ski fond, avec plein de gens partout et des voitures dans tous les sens, le Prabert local quoi ! Nous déjeunons dans un froid glacial mais avec une très belle vue sur la baie de Tromso. De quoi se dire que ça y'est, on y est. La descente à travers les bouleaux (la quasi seule essence locale) est excellente, on se régale à godiller sévère, la mer dans le dos. Alors dans l'euphorie générale, ça éructe, ça youyoutte, ça borborygmise et, dans un norvégien complètement revisité nous trouvons notre cri de guerre pour le séjour, le fameux "Kosstafllü" ! (il existe deux écoles pour son écriture, nous privilégierons ici son approche phonétique).

Enfin !

 

Nous prenons ensuite la route pour l'Ile de Senja, à l'ouest de Tromso, une distance ridicule à vol d'oiseau mais qui durera près de 3h tant les côtes sont découpées (le Routard dit que si l'on déplie les ôtes de la Norvège, on obtient un linéaire de 25 000 km). Avant d'arriver à notre premier point de chute, nous passons un col complètement gavé de neige (avec son showroom de déneigeuse) que nous baptiserons "col du Lautaret" en bons conquérants alpins. Puis là, c'est le premier contact avec ce que la nature, à force d'érosion, de caprices géologique et de souci esthétique a crée de plus beau en Norvège : les fjords ! Des saillies dans les falaises, des pics qui flottent sur la mer, des immenses flaques qui viennent rouler sur des parois, nous restons cois.

 

 

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Après une séance photo, agrémentée par le passage de quelques beaux lièvres, nous passons un nouveau fjord par un tunnel à porte automatique (là on est carrément en train d'atteindre le repaire du docteur No) et arrivons en terminus de route, au bout du monde, là où l'homme a semblé reculer : le petit village de Flakstavag. Et pour nous accueillir, une jolie maison au bardage crème, face à la mer, adossée à une église en bois, sans clotûres et sans rideaux (Jean Michel Selevetôt "aime ça"). La logistique qui allait suivre le même protocole pendant les prochains jours se met en place : sortir et ranger les skis et chaussures, cuisiner, regarder les topos, faire des étirements devant Natgeowild, boire du thé, mettre les peaux, faire un sudoku, se régaler des petits mets concoctés par nos experts cuistots, la vaisselle, une photo du coucher de soleil qui vers 21h30 commence quand même à faiblir un peu (!!), une ligne de roman et zoup, sous la couette.

 

Sijford, capitale de Senja et sa conurbation tentaculaire

 

Interlude "Norwegian food"

A  cette étape du récit (vous êtes toujours là, super, rassurez vous il va bientôt y avoir des photos d'animaux mignons), il me semble important de vous faire partager ce que l'intelligensia des agro-industriels norvégiens a inventé pour alimenter ses 5 millions d'habitants. Nous, kamikazes des papilles, avont testé pour vous, à nos risques et périls :

  • le Bremykt : entre la pate à platre et la mixture qui sert au moulage des courronnes chez le dentiste.
  • le kaviar : un best-seller local. De la pate contenant des traces de poissons, aussi salée que la mer Morte et de couleur rouse ou pourprauve c'est selon.
  • le Leverpostei : du "pâté de foie"(lol) saveur whyskas chaton. 
  • le poisson Haribo : une exclu du fabricant pour la Norvège. L'apparence d'un bonbon mais le goût du Bremykt arrosé de gros sel. Autrement dire que l'on a trouvé notre gage à chaque pari perdu ("si on met plus de 3h pour le sommet, t'as perdu et c'est un croc' dans le poisson !").

Bref, nous ne saurions que vous recommander d'essayer, vous, fiers représentants de siècles de culture culinaire française (oui ça marche aussi pour les savoisiens), de revenir à l'an 0 des saveurs. 

 

"Alors on regardait les bateaux..."

 

Jour 3 : Kostafflü au Lautaret - Tredjefjellet (898 m) + Istindjenas (851 m)

Ce jour, la météo est typiquement norvégienne, c'est à dire mi figue - mi souplette. On ne sait pas si ça va rincer ou se coller au beau fixe. Heuresement, nous avons Ben' avec nous, qui en plus d'être un formidable routeur au sol est aussi un parapentiste confirmé et alerte sur les signaux de stratus. Comme la neige est faiblarde au bord de l'eau, nous décidons de rentrer un peu dans les terres et de gagner notre "col du Lautaret" local, pété de neige à souhait. SuperPascal nous avait fléché deux petits sommets sur la carte : des pentes douces, des reliefs sans suprise, de quoi prendre la température de la rando locale. Le premier sommet s'atteint facilement, mais nous faisons pour la première fois connaissance avec le vent local (qui passe sous les os) qui nous glace et son corolaire : d'énormes corniches sous les crêtes et sommets. Autant dire qu'il va falloir être attentif les prochains jours. Chaque sommet dispose d'une petite boîte en acier, renfermant un registre, nous laissons donc une trace de passage et petit mot à destination de Nico, qui devrait passer sous ces latitudes cet été. Ensuite vient la descente, et la c'est grand soir avec une moquette toute souple sur laquelle on se fait bien bien plaisir. Les "kostafflü" fusent de partout, une manière de remercier Dame Nature de nous gâter si généreusement. 

Ce mois ci dans Passion-Tetris...

 

Nous enquillons avec un autre sommet au nom délicat de Istindjenas et en profitons, comme nous voulons nous amuser (et avons à ce moment des jambes qui fonctionnent bien), le #noconversionchallenge : c'est un succès total sur cette petite face, dans laquelle nous envoyons une trace directe. Autant dire que ça ne sert à rien et que ça fatigue...

 Au dessus du Lautaret

 

Lost in conversion

 

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Nous rentrons ensuite par la route touristique dans notre maison du bonheur. Le rituel reprend comme chaque soir. La vie est belle ! Ah oui, petit détail. Nous autres, monchus du Grand Nord, nous sommes obsédés par les aurores boréales. Ce soir là, comme de nombreux soir, nous allons tenter de les apercevoir, mais le ciel ne nous fera jamais ce cadeau. 

 

"Coquillages et crustacés"

 

Jour 4 : tromperie sur la marchandise - Dalfjellet (644 m) + Bjorga (464 m)

Quoi de plus beau qu'une image de magazine ? Qu'un rider à la chaloupe carvante qui fait virevolter la poudre, imprimé sur papier glacé ? Quoi de mieux que quand la photo a été prise à quelques encablures de la maison ? Vous l'avez compris, nous sommes tombés en pâmoison devant une superbe photo de 2011 prise pas loin et le topo est juste génial. Alors direction Grunnfarnnes et le bout de la route pour faire chanter les spatules face à la mer sur le Dalfjellet, une superbe pyramide face à la mer. Mais arrivé, sur place, surprise, il ne reste qu'un seul filet de neige sur toute la face. Alors, comme le soleil est là et qu'il fait doux, nous nous organisons une petite virée à pied (les spatules resteront dans le coffre). On démarre par la visite d'un immense séchoir à morues à ciel ouvert. Pour en trouver la route, c'est simple, il suffit de suivre l'odeur puissante. Et franchement ces séchoirs c'est un sacré spectacle : des milliers de poissons pendus comme des jésus d'un côté, et des guirlandes de tête de l'autre. Pas de doute, l'île de Senja c'est un pays de pêcheurs.

 

"..qu'est ce qu'on est serrés..."

 

 

oeil par oeil, dent par dent

 

Après cette petite escapade poissonnière, nous gagnons les flancs du Dalfjellet par un petit sentier de randonnée, raide et tout en mousse. Et là, au détour d'un bosquet de boulot, nous avons une jolie surprise : un troupeau d'animaux cette fois bien vivants, des rennes ! On se pose un instant pour quelques photos et apprécier leur course, c'est juste très chouette.

Ce mois ci , dans le Chasseur Français ;-)

 

On reprend notre ascension pédestre dans un décor de folie furieuse (vagues  + grand large + îles + falaises noires + pics = 20/20 en esthétique). Une petite pause au sommet (un mot sur le carnet) et puis Dorian à tout à coup une idée : il reste une langue de neige, à défaut de la skier nous pourrions la "luger". Et franchement, c'est un des meilleurs souvenirs du séjour, la descente du Dalfjellet en "ass-board" avec courbes, dépassements et sorties de route. On est trempés, mais on est content.

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"Vous avez un message"

 

Ass-board, a way of life

 

S'en suit un petit pique-nique au bord de l'eau, à regarder le détroit de Torsken. Puis passage par la supérette de Sifjord (l'occasion de croiser des Norvégiens, qui comme les rennes, ont des réserves pour l'hiver ;-) ) et retour à la maison pour se sécher.

En fin d'après-midi (NB : il ne fait nuit que dans 5h de temps après tout...), Ben' souhaite profiter du beau temps et de petits thermiques pour aller tester le ciel norvégien en parapente. Décollage du Bjorga, au-dessus de la maison, pour un vol express de 2 minutes mais des images exceptionnelles face à la mer. Nous, modestes piétons, mettrons 45 minutes pour gagner nos pénates et la douceur du protocole de soirée (ah, les petits pains de Louis, le "claqueur de miche").

 

"t'es tendu ou t'es pas tendu ?"

 

"Où sont mes palmes ?"

 

 

 

Jour 5 : la danse des Trolls - Kvaenan (964 m)

Aujourd'hui c'est grand jour puisque nous allons monter sur le Kvaenan, point culminant de l'île de Senja. Un sommet qui nous fait de l'oeil depuis plusieurs jours : son arête sommitale est constellée de petits pics. La légende locale raconte que ce sont des trolls pétrifiés. Nous allons donc vérifier. Le départ se fait depuis le bord de mer et demande un peu de portage dans la mousse. Nous gagnons tranquillement le sommet quelques heures plus tard. Les trolls ont la tête dans les nuages et le vent vient nous saluer, une cordialité dont on se passerait bien mais que nos vestes en "machintex" tolèrent. La neige est infâme dans la tempête puis devient toute souple un peu plus bas. On enchaine alors les fameux virages "carte postale" face à la mer et une nouvelle montée pour un rab' de poudre, un bonheur !

 

 

Réunion de trolls

 

 

le lundi au soleil ?

 

"C'est un skieur pas comme les autres, il libère le talon, c'est pas sa faute"

 

 Un petit groupe part à l'assaut d'un couloir en face sud pour finir la journée. La neige est complètement béton mais l'ambiance est fantastique avec la vision d'un lac gelé au dessus la mer. Les talkies nous permettent de rester en contact avec la troupe et d'assurer la navette auto (merci !).

 

 "on dirait qu'il skie, dans une autre ga-la-xie"

 

Jour 6 : Vague à l'âme - Skolpan (779 m)

Gros patins et courbes généreuses, ma Norvège libertine

 

Ce matin, la météo nous a préparé un plafond très bas et a causé quelques quintes de toux pendant la nuit. Nous nous orientons donc vers un programme tranquille avec un peu de tourisme sur le nord de l'île. Nous gravissons les pentes sympathiques du Skolpan et croisons pour la première fois des skieurs dans la montagne. S'en suivra un cocasse échange en anglais avant de s'apercevoir que nous conversons avec... des français ! La descente ne sera pas le plus grand des souvenirs mais Senja, par tout temps, sait prendre soin de ses invités en nous offrant des magnifiques couleurs de fjord. De quoi révasser, bien emmitouflé sous sa capuche.

La rando ? Une voie de garage !

 

L'après-midi nous offrira encore des belles surprises avec un arrêt dans le Esfjorden et sa poésie paysagère : des rives toutes en roches et secouées par la houle, un ciel mystique qui dévoile une multitude de nuances grisées, le tout surplombé par les aiguilles effilées du Okshornan. Alors malgré les doigts qui piquent et les chaussettes mouillées, on aurait envie que le temps se suspende, pour rester, à jamais, dans ces ambiances si particulières.

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What else ?

On stoppera encore quelques fois le long de la route pour que Louis bave devant des lignes de glace improbables et que Laure use sa pellicule et son option "réglage des blancs". On aura peu skié mais fait du dénivelé émotionnel (sans descente !). Retour à la maison et soirée saumon.

 

"Les coups de soleil ? je m'en fish"

 

Jour 7 : vinyle et paillettes - contrefort du Goalborri (400 m)

Aujourd'hui nous quittons notre village de pêcheurs et notre ravissant fjord pour attaquer le sérieux du séjour : les Alpes de Lyngen, avec ses sommets à presque 2 000 mètres, ses glaciers et ses bambées annoncées. Il a neigé cette nuit et les pneus ronronnent doucement sur la route.

Ravitaillement à la grande ville locale et direction Koppangen. Nous avons la surprise de découvrir notre maisonnée : une bicoque posée face à la mer, à peine rénovée depuis les années 50, remplie de livres ésotériques, de vinyles et de paillettes. Ici démarre notre parenthèse hippie.

Ce mois ci, dans Passion-Paillette, nos meilleures astuces pour les commodes

 

Pour ne pas rouiller, on part explorer les environs de la maison. C'est un grand plateau qui s'élève tout doucement vers les hauts sommets de Lyngen. Sur cette partie de la Norvège, la neige s'est bien installée. Après test du baton, nous mesurons 1,20 mètres de neige à 100 mètres d'altitude ! C'est aussi l'occasion de découvrir les refuges locaux, très bien tenus.

Pente raide (Mais Pas Trop)

 

 

Là-bas, tout est sauvage

 

Nous passons notre première soirée au son de "rain and tears" et inaugurons un nouveau protocole : tartines Wasa/Bremykt, gateaux de Chloé, thé vert, puzzle, sauna, roulade dans la neige, sauna, micro-baignade, puzzle, sauna, repas, lecture de topos, verveine et douce nuit.

 

 Ce mois, dans Passion-Nuages...

 

Interlude : puzzle

Il fallait bien un drame dans ce séjour nordique, le globe puzzle. Au moment de le démarrer, notre inconscient aurait du nous alerter, mais non, nous avons foncé tête baissée dans ce qui restera comme notre plus grande expérience de conduite de groupe et une saga que même Georges RR Martin n'aurait pas imaginé : affrontement des clans "Pacifique" et "Europe", vols de territoires, annexions forcées ("mais si, la pièce Floride elle rentre en Océanie!") suivis d'expéditions punitives ("sus aux pièces mauves"), abandons de territoires, trahisons et nouvelles alliances ! Si vous tenez à rester en bons termes avec vos amis, brulez et enterrez ce globe dès que vous le voyez.

"Jeunes et ambitieux"

 

Jour 8 : extinction des feux - Tafeltinden 1395 m

Les Alpes de Lyngen sont assez prisées à cette période par de nombreux skieurs, dont les cheveux blancs et le matériel trahissent une certaine expérience dans le ski alpinisme. Après la solitude déroutante de Senja, nous voilà maintenant accompagnés de nouveaux comparses à chaque sortie. Et c'est d'autant plus logique que le massif regorge de classiques, souvent sur de magnifiques glaciers. Aujourd'hui ce sera le Tafeltinden et notre premier chaussage depuis la plage. Il est assez cocasse de faire claquer les machoires de ses low-tech au son des mouettes. Le réglage de l'altimètre n'en est que plus pratique.

La plage du débarquement

 

Harnachés de nos baudriers, nous montons tranquillement sur le glacier bien bouché, encadré par plusieurs groupes avec guides qui s'adonnent, eux aussi, au plaisir de la trace bien raide. Le paysage des Lyngen est assez particulier, sur "l'ilôt central" des pointes effilées et des seracs tandis que de l'autre côte de la mer, d'immenses plateau se déroulent, sans la moindre route ou trace de pylones. Cette vue idyllique ne va pas durer puisque nous prenons notre premier brouillard givrant des Lyngen, nous obligeant à tracer à la boussole et à cacher la moindre parcelle de peau tant le froid est intense. Mais la dose de dénivelé local nous permet de rester chauds. Le sommet et la descente ne nous laissera qu'un vague souvenir d'ambiance laiteuse.

 

 

"Au bal masqué"

 

Retour à la maison et application stricte du protocole.

 

Jour 9 : carvé comme jamais - Fastdaltiden  (1 275 m)

Lorsque l'on skie dans les Lyngen, il vaut mieux s'appliquer l'adage "même s'il fait pas beau, sort les peaux" parce que les prévisions annoncées sont parfois à l'opposé, et que la mer et le vent aiment jouer avec les nuages. Hier, une belle journée sur le papier s'est transformée en tempête et aujourd'hui, les calamités tant annoncées ne sont jamais venues. Alors comme on ne connait pas la date des saints de glace norvégiens, nous avons décidé désormais de "sortir puis voir". Et ce jour là, sur le Fastdaltinden, cela nous aura porté chance puisque qu'il aura fait beau (au sens norvégien du terme bien sûr) toute la journée. La montée au sommet est longue puisqu'il nous faut contourner une immense croupe avant d'atteindre une douce et longue montée. Nous sommes accompagnés par un autre groupe de compatriotes qui, en itinérance, envient un tantinet notre maisonnée et son sauna. La longueur sert la rando puisqu'elle nous permet de rêvasser (encore une fois) devant les bras de mer, virant du turquoise à l'azur. Le sommet est, comme chaque jour, l'occasion de perdre quelques doigts, avant d'attaquer une fabuleuse pente ou chacun attaque comme s'il venant de découvrir la poudre. Un régal ! Toutefois, on commence à sentir les jours de ski passé dans les gambettes.

2be ski

 

 

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Nous remettons le couvert après le déjeuner puis un petit groupe décide de profiter des superbes conditions du jour en allant chercher les pentes Est, qui descendent face à la mer et "en théorie" sur la maison. En effet, depuis le sommet, nous repérons mal la maison et arrivons, après une bambée, dans des bois tout plats, à plusieurs kilomètres de notre cocon. S'en suivra alors un éprouvant parcours à ski de fond le long de la route avant de pouvoir écouter les Beatles crépiter sur la platine, une bière à la main.

L'annonce disait "ski aux pieds"

 

Jour 10 :  - Daltinden (1 533 m)

Les proprios de notre maison ont bien fait les choses. En plus d'avoir laissé à notre disposition, pêle-mèle : des vestes de skis vintage, des lézards dans les murs, des masques de Robbie Williams et des paillettes sur les commodes, ils nous ont laissé un joli topo sur le ski à Lyngen. Et même si souvent on a tendance à se méfier des excès d'enthousiasme des anglo-saxons, on se laisse cette fois facilement convaincre que telle sortie est "purely amazing" ou que cette face "absolutely must be riden" parce qu'elle "offers huge powder". Bref, le topo du jour décrit une belle cuvette toute en pente que l'on a envie d'explorer.
Davai !

jaimeleplat.com

 

La partie sud des Lyngen a bizarrement moins pris la neige. Nous démarrons donc sur un terrain très sec où l'on avance doucement. Quand on pense qu'à côté de la maison, il a fallu déneiger l'entrée... Mais rapidement l'orientation Nord/Est de la face nous rassure, les flocons ont aussi colonisé le secteur. Et ils sont venus avec du renfort parce que la trace est assez dure à faire.

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Interlude : le randonneur norvégien

La Norvège renferme, comme chaque pays des secrets douloureux (les USA ont leur zone 51, nous avons eu Knysna). Et bien je pense que suite à un accident industriel (au hasard, le pétrole), des centaines de Norvégiens des Lyngen ont avalé du super sans plomb pendant leur jeunesse, ce qui leur donne maintenant des capacités à carburer sans limites. Pour exemple, quand vous faites difficilement 10 conversions, le norvégien n'en fera que 2; quand vous grelottez en vous demandant pourquoi le vent peut souffler aussi froid, le norvégien lui changera tranquillement son t-shirt en sifflotant. Bref, vous l'aurez compris, nous avons fait face a des mutants de la troisième dimension. Le local ne vient pas pour acheter du terrain !

 

La descente sera donc, sans surprise, fantastique et fera passer plus facilement la bambée en fond de vallon au retour.

 

"Pour le plai-sir"

 

"Yellow submarine"

 

 Jour 11 : l'altiplano norvégien - Strupetindane (1 000 m)

"L'anticyclone" local ne nous a pas permis de voir les divines aurores boréales, mais il nous aura offert le luxe d'une méteo clémente pendant près de 3 jours. Déçus de ne pas avoir aperçu l'immense glacier de Strupbreen lors de notre ascension du Tafeltinden avant-hier, nous décidons de retourner sur le secteur, pour le plaisir des yeux. 

Le départ nous réserve une surprise puisque notre télémarkeur favori à la malchance de voir sa fixation amputée d'un insert. Il gagne donc un détour par la ville et, faute de pourvoir louer des télémark (un comble pour la Norvège non ?), devra garder son talon attaché.

Le service des pistes !

 

La météo est au beau fixe et nous laisse l'immense plaisir de faire connaissance avec le glacier de Strupbreen. C'est un replat sans limites, barré au loin par des pics et strié d'une seule et solitaire trace (c'est l'accès au Tafeltinden par bateau). C'est donc une journée de balade dans ces immensités et on se donne le temps de prendre des photos (et accessoirement d'égarer un appareil) avant de retrouver notre telemarkeur et son talon entravé. 

Dorian emmène ses spaghettis

 

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"Il faut longtemps pour aller loin ?"

 

Brochette de tournedos

 

La descente, la dernière du séjour, sera encore doucerette et poudreuse. Mais nos petits coeurs se serrent parce que demain il faudra partir...

 

Jour 12 : Brrrr...il fait pas Tromso 

Voilà, c'est notre dernier petit déjeuner. Le Bremykt a une saveur particulière, Laure lui trouverait même du goût. Dorian fait pour la dernière des oeufs brouillés, Chloé écoute avec mélancolie le son de la tartine Wasa qui craque sous le couteau à bout rond, Olivier scrute la mer en tenant une dernière fois sa tasse "sweet animals" (un déchirement), Ben' est nostalgique devant le puzzle globe maintenant tout constitué et Louis rêvasse devant le topo : il devra lui dire au revoir, c'est en fini et il lui faudra bien retrouver le "GranierTinden" et autres "Dentduchatfjellet". Dans quelques jours d'autres skieurs pourront faire face à la mer et écouter grésiller les accords de Cat Stevens; pendant que les pierres du sauna se mettront à chauffer.

Par chance, la Norvège est pleine de surprises. Ben' et Chloé auront la chance de voir brièvement un orque dans le fjord et nous ferons la découverte du musée polaire de Tromso. Entres bravoures arctiques, massacre de baleines et hivernage au Spitzberg, cette visite nous aura amené encore plus au nord.

 Trosmo

 

Jour 13 : this is the end

Après une nuit à l'aéroport de Tromso, décollage vers le grand Sud pour Oslo, puis les tropicales Zurich et Genève. Je laisse pour ma part les copains et monte dans la navette, l'esprit encore embrumé par une nuit trop courte mais une foule de souvenirs pour la vie. Quand je pense qu'il y a 6 ans, j'apprenais tout juste à faire des conversions sous l'oeil de Thomas et Laurent (spécial dédicace, #verslautonomie) à la roche Parstire...

Un grand merci à SuperPascal pour ses conseils de sortie et ses conseils pratiques. Sans lui, on aurait mangé du Bremykt tout le séjour !

 

Côté pratique : 

  • Lyngen et Senja : des destinations idéales pour la rando puisque tout est très facile d'accès.
  • Avoir des voitures permet de changer d'endroit selon les conditions. Un luxe, mais abordable en se partageant les frais.
  • Côté topo : Skitour et C2C sont des bons amis. La carto en ligne aide bien à préparer : http://www.norgeskart.no/#12/699991/7741953
  • Côte avalanche : ce serait trop présomptueux de penser analyser les conditions de neige locale avec justesse. Le BRA local aide : http://www.varsom.no/en/Snow-avalanche/
  • Côté hébergement : des maisons sont à tarif abordables, à condition de se serrer un peu parfois.
  • Côté "lien social" : on croise peu de monde, mais le Norvégien parle bien anglais et pourra même engager la conversation.
  • Côté "la fête" : au vu des prix de la bière dans les bars, on apprend à trinquer parfois à la verveine.

 Kosstaflü !


 

Le Club Alpin Français de Chambéry est une association (type loi 1901) créée en 1874.

Plus de 2200 membres constituent notre club administré par 200 bénévoles.

Nos objectifs :

  • faire découvrir, aimer et protéger la montagne.
  • rendre accessible la montagne à tous.
  • rendre autonome en toute sécurité.
 

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Club affilié à la FFCAM, Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne et à la FFH, Fédération Handisport. La section compétition est également affiliée FFME.



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Agenda

Ven 23/04 | Randonnée Pédestre

Du côté du nant de Forezan et de Saint Sulpice| COMPLET

Ven 23/04 | Vélo de Montagne

VTT tranquille Chambéry coté Chartreuse| COMPLET

Sam 24/04 | Ski de rando/alpinisme

Char de la Turche...

Sam 24/04 | Ski de rando/alpinisme

Pointe des Marmottes noires 2339m par le pas de la Mule| COMPLET

Sam 24/04 | ANNULÉE

CYCLE ISAPE - J9 et J10 weekend back up si annulation d'un autre weekend

Sam 24/04 | Ski nordique

Croix de l'Alpe en SRN

Sam 24/04 | Randonnée Pédestre

Tour du Corbeley| COMPLET

Sam 24/04 | Canyon

Présentation groupe perfectionnement canyoning - GROUPE 1| COMPLET

Sam 24/04 | Canyon

Présentation groupe perfectionnement canyoning - GROUPE 2| COMPLET

Sam 24/04 | Vélo de Montagne

Lac Noir par le sentier des chaudrons| COMPLET

Dim 25/04 | Ski de rando/alpinisme

Cheval noir 2832m| COMPLET

Dim 25/04 | Ski de rando/alpinisme

Ski Rando Cool au Col de la Vanoise| COMPLET

Dim 25/04 | Ski de rando/alpinisme

La Thuile 2294m ; versant NW

Dim 25/04 | Randonnée Pédestre

Le Corbeley entrainement hors sentier (difficile)

Dim 25/04 | Handicaf

Rando sur Curienne| COMPLET

Dim 25/04 | Escalade

Grimpouille Tranquilou à Cessens

Dim 25/04 | Randonnée Pédestre

pointe de la Gorgeat| COMPLET

Dim 25/04 | Randonnée Pédestre

Boucle du Mont St Michel| COMPLET

Mar 27/04 | Randonnée Pédestre

Pointe de Gratte Cul en boucle.| COMPLET

Mar 27/04 | Randonnée Pédestre

Du Mont Grelle à l'Archelle| COMPLET

Mar 27/04 | Randonnée Pédestre

Grand Roc, Galoppaz, Pic de la Sauge

Mer 28/04 | Formation

Encadrer avec de la marge

Jeu 29/04 | Randonnée Pédestre

Mont de la Charvaz

Ven 30/04 | Ski de rando/alpinisme

Séjour en Vanoise| COMPLET

Sam 01/05 | Randonnée Pédestre

Arches du 1er mai

Sam 08/05 | Ski de rando/alpinisme

SUITE DE : Cycle perfectionnement : WE 3

Dim 16/05 | Randonnée Pédestre

Tour des Monts du Cantal| COMPLET

Sam 22/05 | École d'aventure

Ecole d'Av 'progression' - Alpi neige et rocher

Ven 28/05 | Ski de rando/alpinisme

Formation encadrants ski sur glacier

Sam 05/06 | Alpinisme / cascade

Cycle Alpinisme Féminin

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